A+ R A-

Mon alimentation

Les PCB, quels risques pour ma santé ? La synthèse de l’ASEF

Écrit par J. Maherou, S. Norest & L.Ferrer Créé le lundi 19 novembre 2012 12:33

poisson pcbLes polychlorobiphényles (PCB) sont des polluants organiques persistants c’est-à-dire des substances qui se désagrègent très peu dans l’environnement et s’accumulent dans différents milieux, et en particulier le sol. Si l’on en parle beaucoup, notamment depuis la contamination du Rhône, c’est que leur toxicité a été démontrée scientifiquement depuis plusieurs années. Cancers, troubles de la reproduction, atteinte du système neurologique,... nombreux sont les impacts potentiels de ces polluants omniprésents dans l’environnement. Les médecins de l’ASEF se sont donc intéressés de près à ce problème de santé publique...


Les PCB en questions


Qu’est ce que c’est ?

Les PCB sont des dérivés chimiques chlorés également connus sous le nom de pyralènes. Pour ceux qui aiment la précision, on peut les qualifier d’hydrocarbures halogénés de haut poids moléculaire, semi-volatils et hydrophobes. Ils n’existent pas à l’état naturel. La famille des PCB, qui appartient aux composés organochlorés polycycliques, regroupe 209 molécules également appelées congénères.

 

D’où viennent-ils ?

pcb provenance synthese

Comme nous l’avons vu, les PCB n’existent pas à l’état naturel. Ils sont obtenus industriellement par chloration du biphényle. Dans les années trente, on commence à les produire et à les utiliser pour leurs qualités d’isolation électrique, de lubrification et d’ininflammabilité. On les retrouve donc rapidement comme isolants dans les transformateurs électriques et les condensateurs, mais aussi dans certains radiateurs ou autres équipements électriques. Ils ont également été largement utilisés comme lubrifiants dans les turbines et les pompes, ou comme composants d’huiles pour le traitement du métal, les soudures, les adhésifs, les peintures et les papiers autocopiants sans carbone. Mais, on se rend compte de leur toxicité pour l’homme et on décide en 1987 de les interdire. La production et l’utilisation des PCB sont donc interdites depuis cette date.


S’ils sont interdits pourquoi posent-ils encore problème ?

Même s’ils sont interdits depuis 25 ans, les PCB sont présents dans l’environnement encore aujourd’hui car ces composés sont généralement très stables, donc très persistants. Environ 10% des PCB produits depuis 1929 sont toujours présents dans l'environnement à l’heure actuelle ! La présence de PCB dans l’environnement est principalement due à des contaminations «accidentelles» (déversements de quantités importantes par suite de fuites, d’explosions, d’incendies ou de rejets fortuits) et à des procédures inadéquates d’élimination (décharges non contrôlées ou inappropriées, épandage des boues d’épuration, incinération).

rivière

Le transport des PCB dans l'environnement s'effectue principalement via les particules atmosphériques. Les PCB sont très peu solubles dans l’eau et sont, de manière générale, fortement adsorbés sur les sédiments et sur les particules en suspension dans l’eau. La majorité des PCB se trouve donc stockée dans les océans, répartie entre les eaux du large (61,5%) et les sédiments côtiers (34,7%). Les sédiments littoraux des zones urbanisées constituent un important compartiment d'accumulation des PCB.

 

Comment sommes nous exposés aux PCB ?

L’alimentation constitue la principale source d’exposition de la population générale aux PCB (plus de 90% de l’exposition totale) et toute la population française est concernée ! Les aliments les plus riches en PCB sont ceux d’origine animale, tels que les poissons, le lait, les produits laitiers, les œufs et la viande. Chez l’adulte, environ 50 % de l’exposition alimentaire aux PCB est apportée par les produits de la pêche (poissons d’eau douce, d’eau de mer et fruits de mer), 20 % par les viandes, 20 % par le lait et les produits laitiers. La respiration d'air contaminé par les PCB à proximité de vieilles installations électriques ou de sites d'enfouissement de produits dangereux peut également être une source d’exposition non négligeable.

Une fois absorbés, les PCB traversent les membranes cellulaires et passent dans les vaisseaux sanguins et le système lymphatique. C’est généralement dans le foie, les tissus adipeux, le cerveau, le sang et la peau que l’on trouve les plus fortes concentrations de PCB. Presque tous les humains ainsi que tous les autres organismes vivants sur la planète ont d'infimes quantités de PCB dans leur corps.

 

Comment arrivent-ils dans notre alimentation ?

poisson

Les PCB sont des composés liquides et lipophiles, ce qui signifie qu’ils sont solubles dans les graisses. Très peu biodégradables, ils s’accumulent dans les tissus adipeux et se retrouvent de plus en plus concentrés dans la chaîne alimentaire : c’est la bio-accumulation.

Ainsi, les poissons qui se retrouvent au bout de la chaîne alimentaire, les plus gros prédateurs comme les saumons, sont ceux qui présentent le plus de risques d’être riches en PCB. De même, sur terre, les PCB du sol se retrouvent dans les plantes, puis chez les animaux qui les consomment (comme les vaches, chèvres, volailles), pour finir dans les œufs et le lait.

 

Quels sont les risques pour la santé ?


Selon le Ministère de la Santé, de l’Ecologie et du Développement Durable, une exposition accidentelle de courte durée aux PCB n’a pas de conséquence grave alors qu’une exposition aiguë à forte dose est associée à des irritations de la peau (chloracné). Par contre, une exposition chronique peut entraîner des effets plus graves dont les principaux sont expliqués ci-après.

 

Impacts sur la reproduction et la croissance

pcb bouteille

Une exposition aux PCB peut entrainer des troubles de la reproduction ainsi que des retards de croissance comme l’ont démontré plusieurs études récentes.

Parmi elles, des études se sont particulièrement intéressées aux effets des PCB sur la fertilité. Une étude[15] menée entre 2005 et 2009 auprès de 501 couples a montré qu’une exposition à ces polluants pouvait entrainer des retards de grossesse. Les couples ont fourni des échantillons de sang pour l'analyse des composés organochlorés (PCB) et perfluorés (PFC). Les chercheurs ont constaté que les couples qui mettent le plus de temps à concevoir sont ceux dont la femme a été exposée au PCB 167 et dont l’homme a été exposé au PCB 138. Une exposition élevée de la femme aux PCB 118, 167, 209, ainsi qu’au perfluorooctane sulfonamide et une exposition chez l’homme aux PCB 138, 156, 157, 167, 170, 172, et 209, entraîne une diminution des chances de concevoir de 17 à 29%. En savoir plus sur cette étude...

Les PCB peuvent également contribuer aux échecs des fécondations in vitro (FIV). Des chercheurs[1] de l’Université du Michigan ont analysé des échantillons sanguins et d’urines prélevés entre 1994 et 2003 sur des femmes placées sous traitement hormonal destiné à favoriser l’implantation d’embryons par fécondation in vitro conventionnelles (FIV) ou injection intracytoplasmique du spermatozoïde (ICSI). Au total, 57 PCB différents, sur les 209 existants, ont été recherchés sur 765 femmes ayant subi 827 événements de FIV/ICSI. Parmi l’ensemble des femmes étudiées, celles qui possédaient les concentrations les plus élevées de deux PCB particuliers ont montré une augmentation des risques de subir un échec de l’implantation de l’embryon. Le risque est multiplié par deux en ce qui concerne le PCB 153, et par 1,7 pour la somme de tous les PCB, par rapport aux femmes moins exposées.

Outre les problèmes de fertilité qu’ils engendrent, les PCB sont également suspectés d’être responsables de malformations lors du développement du fœtus. Une étude[2] menée en Chine a d’ailleurs pu démontrer cela. Les chercheurs ont mesuré les taux de PCB, de HAP et de certains pesticides dans les placentas de 80 nouveau-nés souffrant d’une anomalie du tube neural. Les anomalies du tube neural (ATN) sont des malformations congénitales qui se forment entre le 20e et le 28e jour après la conception. Les cellules de la plaque neurale, correspondant aux cellules du fœtus qui forment le système nerveux, vont se replier sur elles-mêmes pour former un tube qu’on appelle le tube neural. Ils les ont comparés à un groupe de 50 nouveau-nés exempts de toute malformation. Les scientifiques ont d’abord constaté que ces polluants se retrouvent bien dans le placenta et dans le sang de la mère. Ils ont ensuite remarqué que le risque de défaut de fermeture du tube neural augmente avec la dose de polluants mesurée.

femme enceinte 3Ce risque de malformation concerne toutes les femmes enceintes, car les PCB ainsi que d’autres polluants sont présents dans l’organisme de chacun en quantité plus ou moins élevée. Une étude[3] épidémiologique publiée en 2011 a examiné la présence de polluants chez 163 femmes enceintes. Ainsi, chez 99 à 100% des femmes enceintes, plusieurs polluants ont été détectés tels que les PCB, les pesticides organochlorés, les PFCs, les phénols, les polybromés, les phtalates, les HAP et les perchlorates. Il a également été démontré que le lait maternel peut être contaminé par des PCB et dioxines à des niveaux pouvant présenter des risques pour la santé de l’enfant[4]. Les femmes enceintes doivent donc être particulièrement vigilantes. Avec les enfants, elles constituent la population la plus à risque. En effet, les PCB peuvent également entrainer des retards de croissance. C’est ce qu’a montré une étude[5] parue en 2010. Une équipe de chercheurs américains ont suivi pendant 3 ans (entre 2003 et 2005) 499 garçons russes âgés de 8 à 9 ans. Les résultats montraient que l’exposition aux PCB et dioxines (niveaux mesurés dans le sang) est associée à un retard de croissance durant la période pré-pubère, ce qui pourrait affecter l’état général de santé au cours de l’adolescence.

Et les animaux ?

Santé Canada voit ces problématiques au centre de ses préoccupations et conduit des études, notamment sur
 l'impact de la pollution aux PCB sur la faune des grands lacs et rivières. Les observations faites chez des populations d'oiseaux et de tortues sont extrêmement préoccupantes : diminution notable de l'activité reproductrice, perturbation de la croissance et du développement, diminution de la longueur du pénis, mortalité embryonnaire précoce, féminisation des organes génitaux mâles et réaction atténuée au stress.

Pour en savoir plus sur les effets des PCB de la faune des lacs canadiens, cliquez ici!

 

Un formidable engrais à cancers

CP BPA et cancer du sein ok

Plusieurs études menées sur les PCB ont montré que l’exposition à ce polluant favoriserait également le risque de cancers. D’ailleurs, le CIRC (Centre International de Recherche sur le Cancer) a classé les PCB comme cancérogènes probables (groupe 2A) pour les cancers hépatobiliaires (foie, voies biliaires, pancréas). Le PCB 126 est classé cancérogène certain (groupe 1).


Les PCB seraient également mis en cause dans le développement d’autres cancers... Une récente étude[7] mexicaine a montré que
l’exposition aux PCB augmenterait le risque de cancer du sein. Pour en arriver à ces conclusions, les chercheurs ont évalué l’exposition aux PCB de 140 femmes dont 70 atteintes d’un cancer du sein à l’aide d’un questionnaire et de prélèvements sanguins. Les résultats ont montré qu’en plus des antécédents familiaux et l’âge des femmes, le risque de cancer du sein est associé à des taux élevés de PCB dans le sang et à la présence d’une industrie à proximité du domicile des femmes.En 2004, une étude[6] a établi un lien entre le cancer colorectal - tumeur maligne du gros intestin - et le taux sanguin de contaminants de type PCB. En suivant 132 patients atteints de cancer du colon à l'Hôpital Universitaire de Bellvitge, à Barcelone, et 76 personnes témoins, les chercheurs ont constaté que les patients avaient une concentration sanguine en PCB deux fois plus élevée que celle du groupe témoin. D’après cette étude, les PCB véhiculés par les selles sont stockés un à deux jours dans le gros intestin ce qui leur laisse le temps d'agir sur le tissu épithélial intestinal, jouant ainsi un rôle promoteur de la cancérogenèse.

Une autre étude[8] a, quant à elle, mis en évidence le lien entre l’exposition aux PCB et le risque de lymphome non-hogkinien. Au total, 495 personnes atteints de lymphome non-hogkinien et 1 467 témoins ont participé à l’étude. Les scientifiques ont ainsi constaté que le risque de lymphome non-hogkinien est multiplié par 1,8 chez les personnes vivant depuis 10 ans dans des villes polluées aux PCB par rapport aux villes non polluées.

 

Atteintes du système immunitaire

bebealimentationpcbLes effets observés des PCB concernent également le système immunitaire et se traduisent notamment par une production moindre d'anticorps et ainsi une vulnérabilité accrue aux maladies.

Une étude[9] publiée en 2006 a même montré que l’efficacité des vaccins pouvait être réduite par l’exposition des PCB. L'étude a porté sur deux groupes d'enfants dans les îles Féroé, où les régimes alimentaires peuvent inclure la graisse de baleine contaminée par des PCB. L’exposition prénatale aux PCB a été déterminée grâce à l’analyse d’échantillons prélevés au cours de la grossesse de la mère. Les deux groupes d'enfants ont ensuite été examinés à l'âge de 18 mois et 7 ans après la vaccination des enfants contre le tétanos et la diphtérie. Les échantillons de sang ont également été examinés pour les anticorps contre le tétanos et la diphtérie. Les résultats ont montré une association entre l’exposition de la mère par les PCB pendant la grossesse et la diminution de la réponse immunitaire au vaccin. À 18 mois, la concentration des anticorps anti-diphtérie a diminué de 24% à chaque fois que l’exposition doublait. De même, à l’âge de 7 ans, la réponse immunitaire contre le tétanos avait diminué de 16% pour chaque doublement de l'exposition prénatale.

 

Effets sur le système nerveux

Même de faibles niveaux d'exposition aux PCB in utero peuvent provoquer des atteintes neurologiques persistantes. Cela peut se traduire par des engourdissements, des maux de tête ou encore des infections plus fréquentes.

Sur les enfants, des études ont montré un lien entre l’exposition aux PCB juste avant et juste après la naissance et des troubles du développement du système nerveux se traduisant par des difficultés d’apprentissage, un retard mental, une surdité, etc. [10]

 

Autres effets

pcbautreseffetssyntheseDes études ont mis en cause les PCB dans d’autres pathologies. C’est le cas d’une étude[11] réalisée en Alabama chez des habitants vivant à proximité de l’usine de fabrication de PCB et pesticides Monsanto. Les scientifiques ont alors montré que les niveaux d’imprégnation en PCB sont fortement associés à une augmentation de la pression artérielle (systolique et diastolique) même chez les sujets dans les limites de tension normale.

Les PCB joueraient également un rôle dans la survenue de diabète et l’obésité. Le rapport[12] intitulé « Evaluation du lien entre environnement chimique, obésité et diabète » publié en mars 2012 a mis en évidence l’action diabétogène et obèsogène sur le métabolisme glucido-lipidique des polluants organiques de type perturbateurs endocriniens comme les PCB. Sont également pointés les phtalates, le BPA et les retardateurs de flamme...

Enfin, les PCB sont suspectés d’agir sur le système endocrinien. C’est en tout cas ce qu’a démontré une chercheuse norvégienne lors de sa thèse[13] soutenue en 2010. Elle a montré que les polluants organiques persistants (POP), tels que les PCB, affectent le fonctionnement du cortex surrénalien et la synthèse de l'hormone du stress, le cortisol. Elle révèle également que l'exposition aux PCB pendant la vie fœtale et la période d'allaitement modifie les niveaux de cortisol dans le sang des fœtus et des animaux adultes. Or, modifier l'équilibre du cortisol en début de vie peut conduire à une prédisposition à développer plusieurs maladies à l'âge adulte, comme le diabète et les pathologies cardiovasculaires.

 

Etudes d’imprégnation et exemples de pollution aux PCB


L'étude de l'ASEF et du WWF

DANGER pcbEn mai 2008, l’ASEF et le WWF ont réalisé une étude d’imprégnation aux PCB chez l'homme pour appeler à la réflexion et à l'action sur ce problème de santé publique, qui n'est pas pris en compte comme il le devrait.

Une étude d'imprégnation, de quoi s’agit-il ? Elle vise à détecter chez les populations exposées la présence de substances particulières, qu’on appelle bio-marqueurs. Ces derniers témoignent de l’exposition à une substance. La détection est réalisée par un dosage de la substance recherchée dans l’organisme.

Dans le cas de cette étude, la détection s’est effectuée par prélèvements sanguins. Ainsi, les dosages sanguins de 52 personnes volontaires (21 femmes et 31 hommes) ont été effectués. Cette population a été divisée en 3 groupes, en prenant en compte le lieu de vie et l'origine du poisson consommé :

Groupe 1 : les personnes vivent au bord du Rhône et mangent du poisson du fleuve ou de la mer au moins une fois par semaine

Groupe 2 : les personnes vivent près du fleuve, mais mangent peu de poissons - moins d’une fois par semaine.

Groupe 3 : les personnes ne vivent pas près du Rhône et ne consomment pas de poisson.

Les résultats sont préoccupants : Le groupe 1 présente une imprégnation aux PCB allant jusqu'à près de 100 pg/gramme de matière grasse. Par ailleurs, le taux moyen de PCB (en picogrammes de PCB par gramme de matière grasse) du groupe 1 est entre 2,5 fois et 4 fois plus élevé que ceux des groupes 2 et 3.

Cette étude a mis en évidence l’association entre la consommation de poissons ainsi que le lieu de vie et le niveau d’imprégnation au PCB.

Pour consulter les résultats détaillés de cette étude, cliquez ici.

 

L’étude de l’Anses[14] et seuils d’imprégnation critiques

etude anses pcb

Peu après la diffusion des résultats de l’étude de l’ASEF et du WWF, le Ministère de la Santé a demandé à l’Anses, en collaboration avec l'InVS, de réaliser une étude sur l'imprégnation aux PCB des consommateurs de poissons de rivière.

L’objectif de cette étude était de rechercher l'existence d'un lien éventuel entre la consommation de poissons d'eau douce fortement bio-accumulateurs et l'imprégnation des personnes aux PCB. Au total, 606 pêcheurs amateurs ou membres de leur foyer et 16 pêcheurs professionnels ont participé à cette étude. Pour chaque participant, les habitudes alimentaires, ainsi que les pratiques de pêche et de consommation des poissons d'eau douce ont été recueillies. En parallèle, un prélèvement sanguin a été réalisé afin de déterminer le niveau d'imprégnation aux PCB. En janvier 2012, l’Anses a publié les résultats qui ont mis en évidence l’association entre la consommation de poissons fortement bio-accumulateurs de PCB tels que les anguilles, les barbeaux, les brèmes, les carpes ou les silures et le niveau d’imprégnation aux PCB. Les fréquences de consommation de poissons d’eau douce observées dans cette étude sont faibles ; en moyenne 1 fois/mois chez les pêcheurs amateurs. Seuls 13% de la population des pêcheurs amateurs de l'étude consomment des poissons fortement bio-accumulateurs plus de 2 fois/an. Aucune différence n’a été constatée entre les niveaux d’imprégnation observés chez les participants et ceux de la population générale française à âge égal. Par ailleurs, ils sont inférieurs à ceux de la population française à la fin des années 80 lorsque les PCB ont été interdits, ce qui semble cohérent. D'un point de vue sanitaire, très peu de participants (27 sur 622) dépassent le seuil d'imprégnation critique. Leur proportion est du même ordre de grandeur qu'en population générale et ces individus sont parmi les plus âgés. Cependant, même si leur nombre limité rend l’estimation peu précise, les pêcheurs professionnels sont proportionnellement plus nombreux à dépasser les valeurs d’imprégnation critiques.

Les seuils d’imprégnation critiques ont été définis par l’Anses dans un avis, le 5 mars 2010. Selon l’Agence, ce sont les valeurs en dessous de laquelle les risques sont considérés comme négligeables, soit :

- 700 ng de PCB totaux /g de lipides plasmatiques pour les femmes enceintes ou en âge de procréer, les femmes allaitantes et les enfants de moins de trois ans qui constituent les populations les plus à risque au regard du risque lié aux PCB.

- 1800 ng de PCB totaux /g de lipides plasmatiques pour le reste de la population (garçon de plus de trois ans, l'homme adulte et la femme ayant dépassé l'âge habituel de la procréation)

Au regard de cette étude spécifique au risque PCB, l'Anses recommande de limiter les consommations de poissons d’eau douce fortement bio-accumulateurs (anguilles, les barbeaux, les brèmes, les carpes ou les silures) :

- à 1 fois tous les 2 mois pour les femmes en âge de procréer, enceintes ou allaitantes ainsi que les enfants de moins de 3 ans, les fillettes et adolescentes

- à 2 fois par mois pour le reste de la population


Le plan national d’action sur les PCB

SitePCB

Afin d’éviter toute consommation de poissons contaminés par les PCB et de privilégier celle de poissons ne posant pas de problèmes sanitaires, les ministères en charge de l'écologie, de l'agriculture et de la santé ont lancé un plan national d’échantillonnage des poissons en milieux aquatiques en 2008. L’objectif est d'établir une image globale de la contamination des écosystèmes aquatiques (poissons et sédiments). En fonction des résultats, trois scenarios sont alors envisagés :

- la teneur en PCB se révèle en dessous des seuils autorisés pour l’ensemble des espèces de poissons, la pêche et la consommation devraient être alors autorisées ;

- la contamination est avérée seulement chez certaines espèces : des analyses complémentaires seront alors nécessaires pour déterminer si la consommation peut être limitée aux seules espèces non atteintes ;

- toutes les espèces de poissons sont contaminées et la consommation sera interdite en raison d’un risque sanitaire.

Le travail se focalise sur une centaine de sites considérés comme les plus à risque. Il s’agit des 87 sites français les plus contaminés - affichant des concentrations en PCB des sédiments supérieures à 141 ng/g MS - et 20 autres stations identifiées avec le concours des agences de l’eau, présentant des concentrations supérieures à 10 ng/g et situées en aval des agglomérations ou de sites industriels importants – elles sont en cela susceptibles d’avoir reçu des rejets pollués. Les 107 sites sélectionnés sont situés essentiellement dans les bassins les plus touchés, à savoir ceux de Seine-Normandie (31), Rhône-Méditerranée (31) et Artois-Picardie (28) et, dans une moindre mesure, les bassins Loire-Bretagne (11), Rhin-Meuse (5) et Adour-Garonne (1).

A l’issue du comité national de pilotage et de suivi du plan national sur les PCB, l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (Onema) qui effectue les prélèvements, a ouvert un site d’information qui présente la teneur en PCB des poissons et des sédiments dans les cours d’eau et plans d’eau français. Le site a été réalisé en partenariat avec les Ministères de la santé, de l’alimentation de l’agriculture et de la pêche, et l’Anses.

Accessible à l’adresse suivante, http://www.pollutions.eaufrance.fr/pcb, ce site permet de visualiser les données regroupant l’ensemble des résultats d'analyses sur les poissons et les sédiments.

Pour en savoir plus sur le plan national d’actions sur les PCB, cliquez ici !

 

Exemples de pollution aux PCB

chimirec procès

Récemment, plusieurs pollutions aux PCB - accidentelles ou volontaires - ont été dévoilées et ces contaminations ne sont pas sans conséquences pour les populations avoisinantes.

En janvier 2011 à Grez-en-Bouère (Mayenne), on a mesuré l’impact de la société Aprochim, spécialisée dans le traitement et l’élimination des déchets dangereux. Parmi les différents échantillons analysés, un contenait des PCB. Il s’agissait d’un échantillon de lait issu d’une exploitation agricole voisine de l’usine.

Suite à cela des études complémentaires ont été menées dans plusieurs exploitations agricoles proches de l’usine. Des traces de PCB ont été décelées dans tous les échantillons de lait, confirmant les résultats précédents. Parmi ces échantillons, un présentait un taux supérieur (6,41 pg/g MG) à la valeur limite fixée par l’Union Européenne (6 pg/g MG). Par précaution la commercialisation du lait a été suspendue. Faute de pouvoir commercialiser la viande, plusieurs troupeaux de bovins provenant de trois fermes visées par ces mesures, ont été abattus en octobre 2011. En savoir plus...

En mai 2012, le procès de Chimirec, exploitant de l’usine Aprochim s’est ouvert au tribunal correctionnel de Paris. Le groupe est accusé d’avoir dilué des huiles polluées aux PCB entre 2000 et 2006 afin d’en abaisser la teneur au lieu de les décontaminer selon la réglementation en vigueur. Trois usines sont concernées, dont celle de Grez-en-Bouère, mais également celles de Domjevin en Meurthe-et-Moselle et de Dugny en Seine-Saint-Denis.

Les avocats du groupe industriel, qui contestent les faits, ont déposé une question prioritaire de constitutionnalité que les juges ont accepté de transmettre à la Cour de cassation, contrairement à l’avis du parquet et des parties civiles. L’avocat Jean-Nicolas Clément estime que la loi manquait de précision sur la définition de la "dilution". Cette demande pourrait avoir pour effet de reporter le procès. En savoir plus...

 

Conclusion


Cancer, infertilité, retard de croissance, atteinte du système nerveux...les PCB sont fortement suspectés d’entrainer de lourdes conséquences sur notre santé. Mais il n’est pas facile de déterminer à quel point l'exposition aux PCB affecte la santé humaine car ce ne sont pas les seuls polluants auxquels nous sommes exposés. Pesticides, phtalates, bisphénol A, polluants atmosphériques... on ne connait pas les effets d’une exposition simultanée à tous ces polluants… C’est ce qu’on nomme l’effet cocktail…. Alors pour vous protégez, limitez autant que possible votre exposition à toutes ces pollutions ainsi que celle de vos enfants.

Pour des conseils pratiques, vous pouvez télécharger nos petits guides verts.

Pour télécharger notre synthèse en version pdf, vous pouvez cliquer ici !!!


Références bibliographiques :

[1] Meeker JD, Maity A, Missmer SA, Williams PL, Mahalingaiah S, Ehrlich S, Berry KF, Altshul L, Perry MJ, Cramer DW, Hauser R., Serum Concentrations of Polychlorinated Biphenyls in Relation to in Vitro Fertilization Outcomes, 2011 Jul;119(7):1010-6.

[2]Ren A , X Qiu , Jin L , Ma J , Li Z , Zhang L , Zhu H , Finnell RH , Zhu T ., Association of selected persistent organic pollutants in the placenta with the risk of neural tube defects, Proc Natl Acad Sci US A. 2011 août 2; 108 (31) :12770-5.

[3]Woodruff TJ, Zota AR, Schwartz JM. Environmental Chemicals in Pregnant Women in the US: NHANES 2003-2004. Environ Health Perspect. 2011 Jan 14

[4]Deng B, Zhang J, Zhang L, Jiang Y, Zhou J, Fang D, Zhang H, Huang H. Levels and profiles of PCDD/Fs, PCBs in mothers' milk in Shenzhen of China: Estimation of breast-fed infants' intakes. Environ Int. 2011 Apr 28

[5] Burns JS, Williams PL, Sergeyev O, Korrick S, Lee MM, Revich B, Altshul L, Del Prato JT, Humblet O, Patterson DG Jr, Turner WE, Needham LL, Starovoytov M, Hauser R. Serum dioxins and polychlorinated biphenyls are associated with growth among Russian boys., Pediatrics. 2011 Jan;127(1):e59-68

[6] Howsam M, Grimalt JO, Guinó E, Navarro M, Martí-Ragué J, Peinado MA, Capellá G, Moreno V, Organochlorine exposure and colorectal cancer risk, Environ Health Perspect. 2004 Nov;112(15):1460-6.

[7] Recio-Vega R, Velazco-Rodriguez V, Ocampo-Gómez G, Hernandez-Gonzalez S, Ruiz-Flores P, Lopez-Marquez F., Serum levels of polychlorinated biphenyls in Mexican women and breast cancer risk. J Appl Toxicol. 2011 Apr;31(3):270-8. doi: 10.1002/jat.1672.

[8] Maifredi G, Donato F, Magoni M, Orizio G, Gelatti U, Maiolino P, Zani C, Vassallo F, Scarcella C., Polychlorinated biphenyls and non-Hodgkin's lymphoma: a case-control study in Northern Italy. Environ Res. 2011 Feb;111(2):254-9.

[9] Heilmann C, Grandjean P, Weihe P, Nielsen F, Budtz-Jørgensen E., Reduced antibody responses to vaccinations in children exposed to polychlorinated biphenyls. PLoS Med. 2006 Aug;3(8):e311.

[10] Anses, Troubles neurologiques, janvier 2006.

[11] Goncharov A, Bloom M, Pavuk M, Birman I, Carpenter DO. Blood pressure and hypertension in relation to levels of serum polychlorinated biphenyls in residents of Anniston, Alabama. J Hypertens. 2010 Oct;28(10):2053-60

[12] André Cicolella, Gilles Nalbone, Sylvie Laot-Cabon, Evaluation du lien entre environnement chimique, obésité et diabète, mars 2012.

[13] Karin Zimmer, Les polluants organiques Persistants en tant que disrupteurs endocriniens : effets sur le développement et la stéroïdogénèse adrénaux, décembre 2010

[14] Rapport Anses, Étude nationale d’imprégnation aux polychlorobiphényles des consommateurs de poissons d’eau douce, novembre 2011.

Notre étude "Bio vs Discount" (juin 2010)

Juin 2010 - Notre étude

Juin 2010 - Notre étude "Bio vs Discount"

Faut-il passer au « Bio » ? Les produits moins chers sont-il...

Notre étude sur les PCB (mai 2008)

Mai 2008 - Notre étude sur les PCB

Mai 2008 - Notre étude sur les PCB

Voici une présentation de l'étude d’imprégnation aux PCB des...

Newsletter

Devenez Fan!

Antennes en Région

Partenaires