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Mon bien-être

Écrit par S.Panicucci

Les femmes ont une qualité de vie moins bonne... En effet, elles déclarent plus fréquemment se sentir anxieuses, avoir des problèmes de sommeil ou encore éprouver un sentiment de solitude. Sur le plan physique, les femmes ont plus souvent mal que les hommes (Cf. Figure N°1). Plusieurs études ont montré que la douleur était plus fréquente, plus intense et plus longue chez les femmes. Des douleurs mensuelles puisque 90% des femmes ont des règles pénibles…


Figure N°1

Figure qualite des femmes

 

D’abord qu’est-ce que le surmenage ?

Selon le Larousse, le surmenage est un : « [e]nsemble de troubles consécutifs à une activité physique ou intellectuelle exercée au-delà du seuil de la fatigue ». On peut compléter cette définition par celle du stress utilisée par les médecins du travail : « [u]n état de stress survient lorsqu’il y a déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et la perception qu’elle a de ses propres ressources pour y faire face. (…) Le stress affecte également la santé physique, le bien-être et la productivité de la personne qui y est soumise ».

Les troubles anxieux (panique, agoraphobie, phobie sociale) sont déclarés chez 25% des femmes contre 17% des hommes. Si l’on compare les femmes issues de catégories sociales différentes, nous remarquons que près de 30% des ouvrières souffrent de troubles anxieux alors que les femmes cadres ne sont que 20%. (Cf. Figure N°2)

 

Figure N°2

Figure2 troubles anxieux

 

Pourquoi les femmes sont-elles plus stressées ?

Notre société impose aux femmes de se conformer à des modèles variés tels que la maman attentionnée, la maîtresse de maison, l’amante passionnée, la sportive accomplie et surtout la femme épanouie professionnellement. Sauf que tous ces schémas sont à assurer en simultané !

Pour analyser la situation des femmes, on peut utiliser le vieux concept marxiste d’aliénation. Aujourd’hui, on sait que nos techniques de management contemporains sont parfois à l’origine de l’aliénation des salariés. Mais alors, que signifie ce terme ? C’est l’expérience parfois banale et effrayante qui consiste à ne plus se reconnaître, à se sentir autre que soi. On devient « étranger à soi-même ». En effet, dans nos sociétés, nous ne considérons pas le travail comme un simple moyen de gagner de l’argent. Nous attendons aussi qu’il nous apporte reconnaissance sociale, émancipation et apprentissage. Or, en ce qui concerne les femmes, la vie familiale peut aussi être aliénante ! On se sent « aliéné » lorsqu’on a le sentiment d’être jugé en permanence (évaluation permanente en tant que professionnelle, que maman, que femmes, etc.), lorsqu’on est trop pressé pour bien faire, lorsque nous perdons le sens de notre travail, de notre vie, de nos actes, etc.

Quels sont les effets du stress et du surmenage sur la santé ?

Les effets sur la santé sont visibles à trois niveaux : d’abord les troubles physiques qui comprennent des douleurs, des troubles du sommeil, de la digestion, de l’appétit, des troubles musculo-squelettiques, de l’eczéma, des céphalées. Puis, les troubles émotionnels avec de la dépression, des crises de nerfs, une dépendance aux anxiolytiques. Enfin les troubles intellectuels avec une perturbation sur la concentration.

Des pathologies spécifiques aux femmes ?

A ce tableau, il faut ajouter qu’ayant de moins en moins de temps, nombreuses sont les femmes qui négligent leur alimentation et donc leur santé. La tendance actuelle est la consommation de plats préparés, ceux-ci contiennent souvent des conservateurs, des graisses saturées, un excès de sel, etc. Ces ajouts dans les aliments vont causer l’apparition de diabète, de surpoids, de cholestérol, et des problèmes d’hypertension. D’autres pathologies liées au travail des femmes peuvent survenir. Prenons le cas des infirmières : selon l’étude de 1999 (Goldstein et al), les concentrations des marqueurs biologiques du stress (catécholamines et cortisol) sont plus élevées les jours de travail que les jours de repos. A noter, les infirmières étaient moins stressées lorsqu’elles n’étaient pas mariées ! Or les taux élevés de cortisol dans le sang sont à lier avec l’hypertension, les maladies cardiaques et le diabète. C’est également dans des populations d’infirmières qu’ont été décelés les premiers burn-out, autrement dit le syndrome d’épuisement professionnel : « sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail », comme le définit l’OMS. Leur travail va affecter leur santé générale. Les symptômes retrouvés sont les suivants : chute de l’estime de soi, tristesse, désespoir, anxiété, palpitations, sentiment de fatigue intense. Ce syndrome est patent dans les professions d’aide, de soins ou de formation, mais il touche les femmes de toutes les catégories socio-professionnelles.

Pour preuve la consommation d’antidépresseurs : selon la Revue Médicale Assurance Maladie, près de 300 000 femmes ont bénéficié d’un remboursement d’antidépresseur en 2000 contre à peine plus de 100 000 hommes. (Cf. Figure N°3)


Figure N°3

Figure3 antidepresseurs

 

A cela, il faut ajouter que suivant leurs situations les femmes ont plus de « chance » d’être dépressives. Les femmes vivant au dessous du seuil de pauvreté ont un risque majoré de 31% de déclarer un état dépressif. Pour celles étant au chômage, on passe à 76% de risque en plus. Leur lieu de résidence et la composition de leur ménage jouent également un rôle : les femmes ont un risque majoré de 28% si elles résident en région PACA, et elles ont deux fois plus de chance d’être dépressives si elles sont seules.

Comment changer ?

Les inégalités toujours présentes, le Conseil Economique, Social et Environnemental, préconise plusieurs actions en faveur de l’amélioration de la santé des femmes. L’action qui nous parait importante pour les femmes surmenées est celle visant à une réduction des atteintes à la santé au travail.

Le médecin peut jouer un rôle si on lui redonne les moyens de jouer son rôle sociétal. En effet, celui-ci a une place prégnante par rapport aux femmes surmenées. Il doit veiller à la promotion de la santé « qui a pour but de donner aux individus davantage de maîtrise de leur propre santé et davantage de moyens de l’améliorer » (OMS, 1986) et accorder plus de temps pour ses patientes lors des visites médicales. Le temps de parole pour comprendre les pathologies doit revenir au cœur de l’échange patient-médecin. Le médecin du travail quant à lui doit prendre en compte les volets psychologiques et sociologiques afin d’écouter le patient, surveiller sa santé et en même temps, évaluer les conditions de travail et son organisation.

Bien entendu, c’est là une mission difficile, car le stress et le surmenage sont des notions subjectives. Or, l’affectivité est au fondement de la subjectivité. La souffrance ne se voit pas. La douleur non plus. Ce sont des états affectifs qui ne sont pas mesurables. Pourtant, lorsqu’on s’intéresse à la réalité du travail…les seules données à notre disposition sont économiques, statistiques…

Pour conclure, rappelons les conclusions de cette étude. Alain de Botton, avec son enquête « Splendeur et misères du travail », a montré que lorsqu’on demande aux individus qu'elle est la profession idéale, la plupart d’entre eux répondent : jardinier, restaurateur, artisan, et hôtelier. Cela correspond bien à un idéal où l’individu est en lien avec ses clients, ses collaborateurs et peut voir ce qu’il produit !

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