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Etude : les abeilles désorientées face aux insecticides

Écrit par Jennifer Maherou Créé le vendredi 20 avril 2012 09:53

Fleurs-et-abeillesUne équipe de recherche française multipartenariale* a mis en évidence l’impact du thiaméthoxam - insecticide de la famille des néonicotinoïdes - sur le comportement des abeilles. Les résultats ont été publiés le 29 mars 2012 dans la revue Science.

Pour réaliser cette étude, les scientifiques ont collé des micropuces RFID sur le thorax de plus de 650 abeilles afin de contrôler individuellement les entrées ou les sorties de la ruche grâce à une série de capteurs électroniques. La moitié des individus a été nourrie avec une solution sucrée contenant une dose très faible de thiaméthoxam, comparable à celle que les abeilles peuvent rencontrer dans leur activité quotidienne de butinage de nectar sur une culture traitée.L’autre moitié constituant le groupe témoin, a reçu une solution sucrée sans insecticide.

Les abeilles ont ensuite été relâchées à 1 kilomètre de leur ruche, distance habituelle de butinage chez les abeilles domestiques. En comparant les deux groupes d’abeilles, les chercheurs ont constaté un taux significatif de non-retour à la ruche des abeilles du premier groupe, par un phénomène de désorientation.

Cette disparition liée à l'insecticide aboutit à une mortalité journalière de 25% à 50% chez les butineuses intoxiquées, alors que le taux normal de mortalité journalière est d’environ 15% des butineuses. Ces travaux ont ainsi montré que l’exposition à une faible dose et bien inférieure à la dose létale de cette molécule entraîne une disparition des abeilles deux à trois fois supérieure à la normale.

Les scientifiques ont voulu aller plus loin en évaluant l’impact de l’augmentation du taux de mortalité en période de floraison. Pour cela, ils ont introduit les résultats précédents dans un modèle mathématique simulant la démographie des colonies d'abeilles.

Les résultats ont montré que si la majorité des butineuses étaient contaminées chaque jour, l'effectif de la colonie pourrait chuter de moitié pendant le temps de la floraison – et jusqu'à 75 % dans les scenarii les plus pessimistes. Ce déclin démographique serait critique, à une période où la population de la colonie devrait atteindre un maximum, un préalable nécessaire au stockage de réserves alimentaires et à la production de miel.

La désorientation des abeilles peut les rendre aussi plus vulnérables à d’autres facteurs tels que les pathogènes ou les variations de la disponibilité des ressources florales naturelles. Et à long terme, c’est toute la biodiversité qui pourrait être menacée !

*Cette étude a été réalisée par une équipe rassemblant des chercheurs, ingénieurs et techniciens de l’INRA et du CNRS (organismes publics de recherche), de l’ACTA, le réseau des instituts des filières animales et végétales (instituts techniques agricoles) et de l’ADAPI (Association pour le développement de l’apiculture provençale), déclinaison régionale de l’ITSAP – Institut de l’abeille.


Référence de l’étude :

Henry M, Beguin M, Requier F, Rollin O, Odoux JF, Aupinel P, Aptel J, Tchamitchian S, Decourtye A., A Common Pesticide Decreases Foraging Success and Survival in Honey Bees., Science. 2012 Mar 29.

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